Hollande : Démission – Une autre vision –

Ah ! cher Démosthène, vous avez 100 fois, que dis-je, 1 000 fois raisons. Notre président, avec tous ses (trop nombreux) défauts de compétence a été élu démocratiquement et mérite son mandat aux yeux de la constitution, à défaut de la mériter de par ses qualités.

Oui, vous avez raison aussi de préciser que nous ne pouvons pas exiger reprendre ce mandat comme nous échangeons un article défectueux dans un service après-vente.

Et pourtant…

Il y a un dirigeant de ce monde qui a du vous lire : Recep Tayyip Erdogan, premier ministre et dirigeant du parti islamo-conservateur Turque (pour reprendre la formulation du Monde).

Je m'en f..., ils m'ont élu pour 4 ans. Maintenant, je fais ce que je veux !

Je m’en f…, ils m’ont élu pour 4 ans. Maintenant, je fais ce que je veux ! @AFP/Archives Adem Altan

Voilà un dirigeant, élu démocratiquement, qui a des projets ambitieux de développement pour sa ville et des convictions religieuses. Le développement économique, malheureusement, doit passer par la suppression d’un parc public et ses convictions religieuses sont difficilement conciliables avec le libéralisme social.

Il a été élu démocratiquement sans n’avoir jamais rien caché de ses convictions, qui lui avaient valu une condamnation pour incitation à la haine [source : wikipedia] en 1998. Cela fait même 10 ans qu’il est premier ministre en Turquie. Il ne sort donc pas de nulle part, parachuté là par un complot pervers menés par des religieux fanatiques. Il est lui même le créateur du parti qu’il dirige.

Alors, quand son peuple descend dans la rue,sa réaction est proche de la votre, cher Démosthène, et il le dit lui même : « Tous les quatre ans, nous organisons des élections et la nation exprime son choixCeux qui ont un problème avec la politique menée par le gouvernement peuvent exprimer leur point de vue dans le cadre du droit et de la démocratie. » [Le monde].

Alors, que penser ?

Au nom de la légitimité d’un mandat, doit-on tout accepter : la dérive autoritaire en Turquie et la dérive économique de notre chère France ?

Certes, en France,  la situation n’est pas comparable à celle de la Turquie. Mais il n’empêche, sans tomber dans le zapping TV, quand l’urgence se fait sentir et que les remèdes proposés s’apparentent plus à des saignées qu’à des soins, il ne me semble pas forcément pertinent d’attendre de voir si l’infection disparaîtra d’elle-même. Ce serait prendre le risque de voir ensuite notre pays faire démocratiquement appel à des solutions extrêmes, qui auront ensuite mandat de 5 ans pour empirer la situation et ce, de façon légitime.

Au lendemain de l’élection, je prêchais la confiance en M. Hollande. Cet homme d’éducation, élu par le peuple, ne pouvait pas faire que des bêtises. Un an après, la grogne de nos concitoyens (qui n’ont aucune raison d’être punis pour leur aveuglement lors des élections) me semble légitime et l’appel à la démission du gouvernement, voire du président, me semble compréhensible.

La légitimité accordée par un mandat n’est pas une autorisation de faire ce que l’on veut sans en répondre au peuple. L’article 2 de notre constitution précise que le  « principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » [petite révision ici : site du Conseil Constitutionnel].

A ce titre, ce ne sont pas les tendances ultra-libérales des grandes instances européennes qui doivent guider les décisions du gouvernement, ce ne sont pas les leçons d’experts, les sondages ou l’envie de prendre à contre-pied l’opposition.

C’est bien l’intérêt du peuple, des familles, des générations à venir qui doit guider les actes politiques.

Lorsque le gouvernement fait la sourde oreille aux difficultés rencontrés par le peuple et que celui-ci se sent lésé, il a alors entière légitimité à descendre dans la rue, à clamer son insatisfaction, et, même tout juste un an après une élection, à réclamer un changement de gouvernement.

Force est de constater que nos représentants politiques ont bien du mal à tendre l’oreille. Ils sont atteints du syndrome de la tour d’ivoire : enfermé dans leur dorures à ne fréquenter que des personnes qui pensent comme eux, ils se sont coupés du peuple qui les as élus et je suis chaque un peu plus surpris de constater que le peuple, le vulgus, vous, nous, ne soyons pas au 8, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à réclamer le grand changement qui manque tant à la gouvernance de notre pays.

Pour autant, suis-je pour la démission de Mr Hollande ?

Elle serait, en ce moment, une catastrophe qui ne ferait qu’ajouter  des problèmes aux difficultés auxquelles nous sommes tous déjà confrontées. Je ne suis donc pas partisan de sa démission. A mes yeux, un changement de gouvernement s’impose. Il serait signe que le président a entendu les protestations et permettrait au gouvernement de prendre un nouveau départ après celui calamiteux de ces 12 derniers mois.

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Une réflexion au sujet de « Hollande : Démission – Une autre vision – »

  1. DemostheneDemosthene

    Cher Enesideme,
    Un peu grosse la comparaison avec Erdogan 🙂
    Mon propos n’était pas de donner carte blanche à Hollande sur toutes les décisions pour la durée de son quinquennat ou d’interdire les manifestations contre sa politique.
    Le peuple s’exprime d’abord dans les urnes et peut réagir dans des blogs ( 😉 ), les médias ou la rue quand il n’est pas d’accord.
    Certaines actions de ce type ont déjà conduit à des retours arrières (CPE, le mouvement des « pigeons »,…) et sont plutôt saines pour la démocratie.
    Je partage complètement vos inquiétudes sur l’inefficacité de la politique actuelle et les risques extrémistes qui peuvent en découler. Et nous nous rejoignons sur une possibilité:
    Un changement de gouvernement, et d’orientation économique pour une politique volontariste de relance de l’activité tout en économisant partout où c’est possible est souhaitable (et souhaitée).
    Cela peut se faire sous la présidence actuelle. 🙂

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