L’ère des primaires

Les primaires, c'est chouette ! souriez !

Les primaires, c’est chouette ! souriez !

Nous voici entrés dans une nouvelle ère politique, l’ère des primaires.

Non content de s’exprimer avec plus ou moins de bonheur dans l‘ensemble des médias, voici maintenant que nos partis politique récupèrent une pratique chez nos cousins américains : les primaires.

Perso, je trouve cette nouvelle mode sans intérêt, voir même destructrice. Mais serai-je trop sévère envers l’ère des primaires ?

Je pense que cette pratique, au niveau de la France, n’est en rien justifiée, ne présente que peu d’intérêt et se trouve même être plus nocive qu’autre chose. Je m’explique.

Pourquoi une primaire ?

Les élections primaires sont originaires des Etats Unis, fédération de 50 Etats. Le scrutin y est indirect, le pouvoir est très décentralisé, chacun des 50 Etats ayant une forte autonomie et les représentants du peuple sont très nombreux .

Alors lorsqu’il s’agit de choisir un leader parmi la multitude des candidats, tous légitimes car occupant généralement de hautes fonctions (Sénateur, député…) au sein d’un état pour certains plus grands et riches que la France, oui, la primaire est incontournable.

Elle permet de créer le consensus sur le candidat à travers toute la nation (315 millions de personnes, 6 fois plus que La France et 9,6 millions de km², 14 fois plus que la France…).

En fait, ce n’est pas la France qu’il faut comparer aux Etats Unis mais l’Europe. Appliquer en France les modes/habitudes de scrutin américain est un non-sens. C’est comme vouloir appliquer à une souris les protocoles généralement utilisés pour un éléphant…

En France, le pouvoir reste encore hyper centralisé, le nombre de leaders politiques est faible, le scrutin est direct et nous avons une élection présidentielle à 2 tours (ce qui revient à une sorte de primaire). Nous avons donc un contexte politique totalement différent. Observons un peu les candidats des 3 primaires faites en France:

    • Au PS, le candidat devait être Martine Aubry ou François Hollande. Un choix que le parti pouvait effectuer sans mettre en place une usine à gaz.
  • Chez EELV, les deux candidats légitimes (j’ai du mal à retenir un fou rire, là, tout de suite) étaient Nicolas Hulot et Eva Joly. On a pu constater leur performance aux présidentielles et la cacophonie pendant la campagne, malgré la légitimité acquise par la candidate à travers ces primaires.
  • Pour la mairie de Paris, c’est une pointure qu’il faut et seule NKM possède le pédigrée suffisant pour assumer un rôle aussi important que Maire de Paris. En même temps, on parle d’une mairie… 

Donc si je me résume, nous avons organisé des primaires pour 2 stars de la politique aux egos surdimensionnés mais aussi incompétentes l’une que l’autre, un présentateur Télé et un Juge en reconversion de fin de carrière, un homme qui voulait prouver à Cohn-Bendit qu’il n’était pas le chef omnipotent [dixit wikipedia] ainsi que 3 conseillers municipaux de Paris.

Bravo ! On se lève tous pour les primaires ! La démocratie  a fait un grand pas en avant !

Les primaires : nocives ?

A l'UMP, tout s'est (presque) bien passé...

A l’UMP, tout s’est (presque) bien passé…

Entre la structure de notre paysage politique et la faune qui y sévit, les primaires ne trouvent pas leur place. Pire, elles sont nocives. Sur ce point-là, curieusement, nous n’avons rien appris de l’expérience américaine.

Lorsque vous organisez une élection au sein d’un parti, vous prenez trois risques majeurs :

  • Tomber dans le combat de personne à personne, loin des idées (sur lesquelles ils se rejoignent) mais aux petites phrases bien placées et destructrices. [exemple]
  • Avoir du mal ensuite à recoller les morceaux et jouer le jeu du « tous derrière ». Si les candidats se différencient par leurs idées, ils n’ont pas l’occasion de converger et s’ils se différencient par leur personnalité, ils n’acceptent pas le résultat, chacun étant persuadé d’être plus légitime que l’autre. [exemple]
  • Avoir un candidat lamentable, heureux vainqueur d’un concours de circonstances, consensuel en primaire mais très vite dépassé lors de la vraie compétition (devinez vers qui mon regard se tourne !).

Les élections présidentielles américaines nous l’ont montré : lors des primaires, les candidats, convaincus de  leur supériorité et de leur légitimité se permettent des attitudes qu’il est ensuite difficile d’effacer et c’est toute la vie du parti qui en pâtit !

Les primaires : vraiment plus démocratiques que la nomination ?

Ne nous leurrons pas : elles n’éliminent en rien les tractations secrètes. M. Montebourg en est un bon exemple.

Une primaire ouverte (à tous et pas seulement aux adhérents du parti), comme l’a organisée le parti Socialiste en 2011, n’est-ce pas un réel pied de nez fait aux adhérents ?  Et une primaire fermée (réservée aux seuls adhérents), n’est-ce pas prendre le risque de désigner un candidat, qui plaît en interne mais ne fait pas l’unanimité auprès des électeurs (Mme Eva Joly par exemple) ?

Non, il n’y a pas de bon mode de primaires. Mais alors, pourquoi en organiser ?

En France, nos dirigeants politiques pensent qu’ils ont plus besoin de publicité que de crédibilité. Toute occasion est bonne pour se montrer, créer de nouveaux rendez-vous, faire encore plus de bruit et prendre encore plus de place.

Les primaires plaisent pour diverses raisons :

  • Elles permettent aux postulants d’assouvir leur besoin d’exister, qui ne se fait qu’à travers les médias tout en se faisant une publicité extraordinaire. Qui avait entendu parler de Jean Michel Baylet ou de Stéphane Lhomme avant les primaires pré-présidentielles ? Qui en a entendu parler après ?
  • Pour les éditorialistes, elles sont une source intarissable d’analyse, d’avis, de débats, sur le fond, sur la forme, sur le mode de scrutin, sur l’avant, sur l’après sur l’avant-après et l’après-après. Bref, grâce à l’ère des primaires, les journalistes peuvent se rassasier de contenu pour pas cher !
  • Elles sont, pour les électeurs, une source intarissable de Télé réalité politique : nous sommes tellement contents lorsqu’ils se tapent dessus et se balancent des phrases méchantes et pleines de sous-entendus que nous cherchons à décrypter… avec la médiatisation qui en est fait, on se croirait dans les Anges de la Téléréalité, version politique.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas un grand fan de cette nouvelle ère. Je pense que notre pays et nos partis sont assez petits pour qu’ils fassent cela en interne, discrètement, sans avoir besoin de 5H de présence sur LCI et de scandales à n’en plus finir (une primaire fait toujours l’objet de psychodrames).

Cela ne veut pas dire que je suis contre les primaires dans l’absolu. Au niveau européen, elles me sembleront indispensable si un jour nous arrivons, comme je l’espère, à mettre la Fédération Européenne en place !

—————- Pour en savoir plus ———————————————–

Les pays qui utilisent les primaires dans le monde : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_primaire

Les primaires socialistes vues par un blogueur du monde, Alain Garrigou : http://blog.mondediplo.net/2011-10-10-Primaire-socialiste-certainement-n-est-pas

Un article très intéressant de Remy Lefbvre sur le sujet : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/05/LEFEBVRE/19125

Article moyennement intéressant mais commentaires passionnants dans Médiapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-allies/150313/primaires-le-ps-la-memoire-courte

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2 réflexions au sujet de « L’ère des primaires »

  1. DemostheneDemosthene

    Cher Enésidème,
    Voilà un sujet qui ouvre au débat ! Que de virulence envers une pratique qui me semble pourtant être un progrès démocratique.
    Pourquoi refuser aux français la possibilité de choisir leur porte-drapeau dans une élection indépendamment de la cuisine de parti ?
    Effectivement, les USA sont plus vastes et plus peuplés que la France mais est-ce que cela empêche des fonctionnements proches ? Il y a d’ailleurs des pays plus petits qui pratiquent sans problème les primaires.
    En fait, j’ai l’impression que vous confondez la pratique et son application.
    Si je ne parlerai pas d’EELV, je pense que la primaire socialiste de 2012 a été exemplaire dans son application et son résultat : débats bien organisés, pas de fraude lors du vote alors que la dirigeante du parti étaient également candidate, une mobilisation publique au-delà des prévisions et surtout à l’arrivée un alignement des différents protagonistes derrière Hollande qui lui ont permis de l’emporter. C’est d’ailleurs ce qui leur avait certainement manqué en 2007.
    Pour la Mairie de Paris, vous dîtes simplement qu’il fallait une pointure. Je ne comprends pas ce postulat. Est-ce que Tiberi ou Delanoë étaient des pointures nationales avant d’entrer à la mairie de Paris ? En fait la seule « pointure » fut J.Chirac. Ce qui est peu pour en faire une règle.
    D’ailleurs quelle pointure choisir si R.Dati ou C.Jacob s’étaient finalement mêlés à la course ?
    Ce n’est pas parce que nos partis « apprennent la démocratie » selon Copé que les primaires doivent être abandonnées.
    Un dernier exemple de la vertu de ces primaires : A Lyon, les candidats qui s’étaient engagés à soutenir le candidat en tête après le 1er tour n’en ont rien fait. Ils ont préféré soutenir le candidat souhaité par Copé. Pourtant, les votants ont finalement confirmé leur 1er choix et permis à Michel Havard, tenant d’une ligne moins « droite décomplexée », de l’emporter.
    Au final, ce que vous reprochez aux primaires ne sont que les travers d’une classe politique qui ne vit qu’à travers la critique systématique, les petites phrases et la mauvaise foi pour conserver le plus possible leurs postes.
    Ce ne sont pas les primaires qui doivent être abandonnées, mais notre classe politique qui doit être sérieusement renouvelée !

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    1. Enesideme Auteur de l’article

      Cher Démosthène,
      L’attitude des socialistes aux primaires répond à votre question. Il n’y a pas de primaires constructives possible.
      Renouvelez la classe politique et vous retrouverez rapidement les mêmes travers de carriéristes en recherche désespéré de succès.
      Je vous rejoins sur les pointures. Paris n’est certes pas une mairie comme une autre mais le choix de son maire reste du ressort local et, à ce titre, choisir de pointure ne serait pas utile.
      Le spectacle qui m’a été donné ces derniers jours sur Marseille ne fait que renforcer mes convictions. Supprimons ces primaires inutiles, faussement démocratiques et destructrices.

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