Touche pas à ma liberté d’information

Sale temps pour la liberté de l’information 

En quelques jours du début de ce mois de juillet nous avons été témoins de 3 coups portés à la liberté de la presse, à la liberté de l’information des citoyens, à la protection que nous devrions assurer aux sources qui permettent de faire éclater les affaires d’intérêt public ou d’Etat.

Il n’y a pas d’auteur unique, ni d’action concertée ou de motivation commune dans ces 3 évènements. Mais leur enchainement, fortuit, doit nous rappeler que la liberté d’information est fragile, y compris en France, aux Etats-Unis ou en Suisse, pourtant d’honorables démocraties.

Le 2 juillet la France, par le biais de Matignon, interdisait son espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales, soupçonné d’avoir à son bord Edward Snowden. Lui Président – François Hollande avait pourtant surpris son monde en dénonçant sans ménagement les pratiques d’espionnage révélées par Snowden et menacé d’ajourner les négociations des accords de libre-échange entre UE et USA tant que notre « partenaire » américain n’aurait pas fait toute la lumière sur cette affaire d’espionnage.

Deux jours plus tard, 4 juillet, la cour d’appel de Versailles ordonnait à Mediapart et au Point de retirer toute citation des enregistrements Bettencourt qu’ils avaient publiés en juin 2010. Cette révélation permit de faire toute la publicité qu’elle méritait sur une affaire d’Etat qui a donné suite à des poursuites judiciaires mettant en cause plusieurs personnalités politiques éminentes.

Le lendemain, 5 juillet, M. Condamin Gerbier était arrêté par les autorités suisses et inculpé pour services de renseignements économiques. Le tort de cet ancien responsable de la banque Reyl & Cie ? Avoir coopéré avec la presse, la justice et la représentation nationale françaises pour éclairer citoyens et décideurs publics sur l’industrie de la fraude fiscale.

Vie privée, secret défense, ou information d’utilité publique ?

Ces 3 évènements indépendants les uns des autres reposent sur une volonté commune de garder secrets des agissements contraires aux libertés, à la loi ou à l’intérêt général : Droit à la vie privée dans l’affaire Snowden, évasion fiscale à grande échelle en ce qui concerne l’interdiction de la diffusion des enregistrements Bettencourt et l’incarcération de M. Condamin Gerbier.

Leurs auteurs se réfugient derrière le souci affiché de protéger la vie privée des personnes ou les intérêts fondamentaux de la Nation, noble objectif s’il en est. Peut-il cependant justifier que l’on nous empêche, citoyens, de savoir que telle personnalité ou tel Etat agissent de façon illégale ou menacent nos libertés ? Bien sûr non, la liberté d’information est fondamentale pour une démocratie, quand cette information est d’intérêt public. Elle doit absolument prévaloir sur le respect de la vie privée, le secret bancaire ou encore le Secret-Défense.

Protection des sources, droit de la presse et citoyens éclairés

L’Etat français ne saurait être tenu responsable des déboires vécus par MM. Snowden et Condamin Gerbier, et les journaux Mediapart et Le Point. Les contingences diplomatiques, le respect de l’indépendance de la justice et le devoir de non-ingérence dans les affaires suisses justifient que nos gouvernants n’aient pas agi. Tout juste peut-on regretter leur excès de zèle concernant l’interdiction de vol imposée à Eva Morales ; Le Général De Gaule eut été ulcéré par la diligence dont a fait preuve Matignon pour ne pas froisser les susceptibilités états-uniennes.

Accabler ici l’Etat n’est donc pas notre propos. En revanche rappelons nous qu’il faut veiller à ce que soient protégés notre liberté d’information et, pour elle, le droit de la presse de publier les informations d’utilité publique et la protection de ces sources, ces lanceurs d’alerte, qui permettent à la presse de faire son travail. Donnons-nous les moyens d’être des citoyens correctement et pleinement informés, pour que notre action citoyenne soit éclairée et qu’en notre nom la justice condamne ceux qui enfreignent la loi et menace nos libertés

Nous pouvons agir à de multiples niveaux. Diversifions nos sources d’information ; Intéressons-nous à plusieurs points de vue contradictoires sur un même sujet ; Favorisons la presse indépendante des subsides publiques et des pouvoirs politiques et financiers ; Mobilisons nous quand l’appareil étatique menace directement notre liberté d’information (comme dans l’affaire des fadettes) ; Surveillons ce qu’il advient du projet de loi de protection du secret des sources ; Signons la pétition « Nous avons le droit de savoir » en soutien du Point et Mediapart… Et puis écoutons cette présentation par Arte Radio des enregistrements Bettencourt car c’est un régal !

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