Populisme 1 : Démocratie 0

La montée en puissance du FN 

Depuis 2012, les élections se suivent et se ressemblent : Le FN obtient les faveurs de 5 millions d’électeurs environ au premier tour de chaque scrutin. Le vote frontiste représente 25% des suffrages exprimés lorsque le taux de participation est faible (50% de votants aux européennes 2014 et cantonales 2015) et moins de 20% lorsque la participation est forte (79% de votants aux présidentielles 2012). Le FN talonne désormais les partis dits républicains en nombre de voix.

Scrutin Taux de participation Nombre de voix FN % vs exprimés
Présidentielles 2012 79% 6,4 M 18%
Européennes 2014 42% 4,7 M 25%
Départementales 2015 50% 5,1 M 25%

La vague « bleu marine » est réelle. Et si elle ne s’est pas encore traduite par la conquête massive de collectivités ou de sièges, ce n’est qu’une question de temps. Tout semble en place pour que cette montée en puissance fasse du parti d’extrême droite le gagnant des prochaines échéances électorales (régionales fin 2015 puis présidentielles et législatives en 2017) :

  • Il met en œuvre une stratégie méticuleuse d’implantation locale. Le parti a présenté un candidat dans chaque circonscription pour ces dernières cantonale. Sur ces 3 dernières élections il a gagné 11 mairies de villes de plus de 9000 habitants, 26 sièges de députés européens et 60 sièges de conseillers départementaux. Cela représente des moyens accrus en termes financiers, de présence militante et de viviers de cadres. « Le socle des victoires de demain » déclare Marine Le Pen au soir du 29 mars.
  • Son image s’améliore nettement. La stratégie de « dédiabolisation » est payante. Les idées du FN progressent. L’image du parti et de son leader s’améliorent. Dans ces conditions, l’électorat frontiste a toutes les chances de s’élargir.
  • Il bénéficie d’une bonne couverture médiatique. Celle-ci est au moins comparable à celles des principales formations politiques. Le « phénomène FN » semble fasciner médias et journalistes. C’est LE sujet du moment dont il faut parler et qui fait vendre.

La droitisation renforce l’extrême droite

Les frontistes jouent pour gagner. La victoire ne se joue plus entre le PS et l’UMP. Les deux partis doivent faire face au risque d’être évincés par le FN au 1er tour, qui pourrait désormais servir à désigner le candidat républicain finaliste.

Face à cette menace, les patrons de l’UMP et du PS adoptent deux stratégies désolantes. Nicolas Sarkozy droitise pendant que Manuel Valls culpabilise (les « dissidents » de son camp).

Le nouveau chef de l’opposition a fait ce choix de la droitisation dès le début de son quinquennat présidentiel (création du ministère de l’identité nationale, discours de Grenoble en juillet 2010, etc, etc). Pendant la bataille électorale de 2012 il avait accentué cette posture jusqu’à en gêner une partie de son camp. En focalisant ses prises de paroles sur les terrains de l’insécurité, de l’immigration, de l’identité nationale il a choisi de ferrailler contre le FN avec l’arme du populisme.

Dernière illustration de cette stratégie : Nicolas Sarkozy se dit favorable à la suppression des menus de substitution dans les cantines scolaires, au nom de la défense de la laïcité. C’est une ineptie. Le principe de laïcité garantit la séparation des pouvoirs politique et religieux et la liberté de culte. Par là elle vise à protéger les libertés individuelles et la République. Les menus de substitution menacent-ils la République ? Nullement. Ne pas proposer de menu de substitution revient seulement à exclure les enfants musulmans de l’école républicaine. L’inverse de l’esprit de la laïcité et de la République.

En jouant la carte du populisme, Nicolas Sarkozy ne fait que banaliser les thèmes de prédilection du FN, sans parvenir à endiguer la fuite des électeurs vers le FN. Il se prive de surcroît d’une partie des voies du centre, de la droite démocrate-chrétienne, des socio-démocrates.

L’entêtement de l’exécutif coule la gauche

De son côté, le chef de l’exécutif cri au feu et fustige l’attitude de ceux qui à gauche ne se mobilisent pas derrière le Président de la République et son gouvernement. Il appelle au rassemblement mais ne fait rien pour rassembler. Au contraire. Il s’escrime à mener une politique de réforme pour laquelle il n’a pas de majorité (recours du 49-3 pour entériner la loi dite Macron). Depuis un an qu’il est premier ministre il mène une politique de droite qui désespère une large partie de son camp et de l’électorat de gauche.

Les ministres représentant l’aile gauche du PS ont été débarqués. Les députés frondeurs refusent de voter des textes contraires à leurs idéaux et aux engagements du candidat François Hollande. Les verts ne font plus partie de la majorité et préfèrent s’allier au Front de Gauche. L’électorat de gauche, lassé par ce spectacle, préfère ne plus venir aux urnes.

Clairement, Manuel Valls est coupable de l’éclatement de la gauche et de la désaffection électorale des sympathisants de gauche.

Bref, tandis que l’extrême droite marque des points et organise méticuleusement les conditions de ses futurs succès, l’UMP et le PS restent englués dans de vains calculs politiques. Espérons que finisse par émerger des personnalités, un courant, un parti capables de rassembler, avec de vraies propositions intelligentes et courageuses, la grande majorité des citoyens français attachés aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

 

 

 

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4 réflexions au sujet de « Populisme 1 : Démocratie 0 »

  1. DemostheneDemosthene

    Cher Cleanthe,
    Si je partage complètement l’analyse sur la montée en puissance du FN et la conclusion sur l’incapacité des partis dits de pouvoir à endiguer ce phénomène, j’ai néanmoins quelques points de désaccord.
    D’abord sur Sarkozy. Son retour est nettement moins marqué à droite: ses listes d’union avec le centre sont un succès et cela coupe un peu l’herbe sous les pieds de Juppé.
    En ce qui concerne les menus sans porc, sincèrement, c’est un épiphénomène . Cela n’exclue pas des enfants de l’école républicaine!
    Tous les jours, dans toutes les écoles, des enfants mangeant à la cantine découvrent des plats qui ne leur conviennent pas. Que ce soit pour des raisons religieuses, de santé ou , beaucoup plus fréquemment, gustatives. Dans ce cas là, ils peuvent manger un autre plat, échanger avec un camarade une entrée contre un plat, ou manger un peu moins de viande ce jour là. Ils ne vont pas en mourir…
    De plus, je ne pense pas que l’absence de menu de substitution entraîne une présence quotidienne de porc dans les assiettes.

    Enfin, sur Valls et le découragement des électeurs de gauche: si c’était vraiment le cas, il me semble que les électeurs voulant vraiment plus de gauche voteraient…à gauche. Pourtant Mélanchon, le NPA, les communistes,… sont devenus marginaux. Ne seraient-ils pas un recours si le souhait de gauche était si important? Or, les électeurs, se tournent plutôt vers la droite et l’extrême droite. Peut-être finalement que la politique de Valls en retient quelques uns, non?

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    1. Cleanthe

      Cher Demosthene,

      Vous êtes sans savoir que de Juppé à Guaino, en passant par Christian Jacob ou encore Rachida Dati, nombre de responsables UMP se sont clairement désolidarisés de la position de leur patron sur ce sujet du menu unique (http://lelab.europe1.fr/menu-unique-henri-guaino-sagace-den-voir-certains-a-lump-attiser-les-feux-de-la-colere-24200). Je ne donne pas cher l’accord UMP-UDI si Nicolas Sarkozy persiste dans cette voix.

      Considérez-vous que manger sans porc pour un musulman est une lubie gustative ? Considérez-vous que servir systématiquement du poisson le vendredi ou proposer un menu végétarien dans les cantines est également injustifié ?

      Vous remarquerez que Nicolas Sarkozy ne recommande pas aux enfants musulmans d’échanger des plats avec leurs camarades mais plutôt de s’inscrire dans des écoles confessionnelles. Ça ne vous choque pas ?

      Quant aux électeurs de François Hollande, ils votèrent socialiste en 2012 pour la renégociation du pacte européen, le récépissé du contrôle d’identité, la séparation des activités de banque de dépôt et banque d’affaires, l’introduction de la proportionnelle dans les scrutins, etc, etc. S’ils espéraient la politique que mène actuellement M. Valls, ils euent voté Sarkozy.

      Bien amicalement.

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    1. Cleanthe Auteur de l’article

      Si l’on considère qu’il ne s’agit pas d’une lubie, si l’on souhaite que les cantines accueillent les enfants de toutes confessions et si l’on souhaite que les enfants aient un repas complet et équilibré sans compter sur d’hypothétiques arrangements entre eux, il faut proposer une alternative au porc lorsque celui-ci est au menu. Pourquoi ne pas proposer chaque jour un menu végétarien, que les enfants de confession musulmane pourraient choisir lorsque du porc est au menu ?

      En ce qui concerne les attentes supposées des électeurs de l’actuel PR, nous nous perdons en vaines conjectures.

      Répondre

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